PUBLICATION – Actifs logiciels et IA générative : la fin du paradigme du coût historique ?

PUBLICATION – Actifs logiciels et IA générative : la fin du paradigme du coût historique ?

Extrait d’un article publié par David Soussan dans la Revue Française de Comptabilité — n°611, septembre 2026

Quand reconstituer un logiciel ne coûte presque plus rien

Il est désormais documenté qu’un développeur isolé, pilotant un modèle d’IA générative par itérations de prompts, peut reconstituer en quelques jours et pour quelques dizaines d’euros d’abonnement le périmètre fonctionnel d’un SaaS dont le développement initial avait mobilisé une équipe pendant plus d’un an.

Le coût marginal de reconstitution d’un actif logiciel, historiquement chiffré en dizaines voire en centaines de milliers d’euros pour un applicatif d’entreprise, s’effondre ainsi de plusieurs ordres de grandeur. Lorsque ce coût est divisé par un facteur 10, 50 ou 100, c’est l’ensemble du cadre d’évaluation et de dépréciation des actifs incorporels logiciels qui doit être réinterrogé, tant en référentiel IFRS qu’en normes françaises.

Trois questions comptables laissées sans réponse

L’article publié dans la Revue Française de Comptabilité examine trois conséquences directes de cette mutation :

1. L’activation des coûts de développement. IAS 38 comme la section « Solutions informatiques » du PCG supposent une frontière nette entre recherche et développement. Or, dans un processus assisté par IA, la phase exploratoire et la phase de production se confondent : le temps passé à prompter relève-t-il de l’une ou de l’autre ? Le sujet n’a fait, à ce stade, l’objet d’aucune prise de position normative explicite.

2. Le test de dépréciation. L’émergence de l’IA générative comme outil de développement constitue un changement défavorable de l’environnement technologique au sens d’IAS 36 § 12 (b). Pour toute entité portant des actifs incorporels logiciels significatifs, cet indice externe justifie une analyse spécifique dès les prochaines clôtures. Encore faut-il définir rigoureusement ce qu’est un « équivalent fonctionnel » : même périmètre, certes, mais aussi même niveau de sécurisation, de documentation, d’intégrabilité et de conformité.

3. Le goodwill. Si la valeur attribuée aux actifs technologiques identifiables lors d’une PPA doit être revue à la baisse, c’est le goodwill résiduel qui augmente mécaniquement — et qui devra à son tour être testé, avec des hypothèses intégrant ce nouvel environnement.

Ce qui conserve de la valeur : maturité et traction

Si le code source perd sa rareté, la valeur se déplace vers ce qui ne se reconstitue pas en quelques jours. Un actif logiciel mature se distingue d’un prototype généré par IA sur cinq dimensions : la déployabilité, la sécurisation, la gouvernance, la protection juridique et l’intégrabilité. L’écart entre le prototype et l’actif mature constitue la valeur résiduelle pertinente, et c’est cet écart que le test de dépréciation doit s’efforcer de capter.

À cet axe de maturité s’ajoute un axe de traction : utilisateurs actifs, revenus récurrents, taux de rétention, coûts de substitution pour les clients. Car si l’IA comprime le coût de reconstitution, elle ne comprime ni la base installée, ni les revenus récurrents, ni la dépendance créée chez les utilisateurs. Un logiciel à maturité élevée et traction forte conserve l’essentiel de sa valeur ; un logiciel à maturité faible et traction faible voit son coût historique se rapprocher de zéro.

Un chantier ouvert

L’AMF appelle régulièrement l’attention des émetteurs sur la qualité des tests de dépréciation du goodwill et des incorporels. Les recommandations de l’IVSC sur l’évaluation des actifs incorporels technologiques n’intègrent pas encore explicitement l’impact de l’IA générative sur les méthodes de coût. Le chantier — normatif, doctrinal et pratique — concerne autant les préparateurs de comptes que les auditeurs et les évaluateurs.

Que l’IA générative affecte la valeur des actifs incorporels logiciels ne fait guère de doute. Il reviendra au jugement professionnel de chacun d’apprécier, cas par cas, dans quelle proportion et avec quels outils méthodologiques en rendre compte.

Anticiper plutôt que subir

Si votre bilan porte des actifs technologiques significatifs ou un goodwill issu d’une acquisition tech, la question mérite d’être posée en amont de la clôture, pas pendant. Le cabinet accompagne ces travaux, en évaluation comme en revue de tests de dépréciation.

Lire l’article complet

L’article intégral, publié dans le numéro 611 de la Revue Française de Comptabilité (septembre 2026), est disponible en téléchargement ci-dessous.

Actifs logiciels et IA générative : la fin du paradigme du coût historique ?

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